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Des outils pour faciliter les activités scolaires d'élèves présentant un handicap
moteur, des difficultés d'organisation gestuelle et/ou neurovisuelles
par Michèle Cerisier-Pouhet
Ergothérapeute
Présentation de la DYSPRAXIE VISUO-SPATIALE
Proposition d’AIDES
Dr Alain POUHET (médecine physique et réadaptation)
Claire MOUCHARD GARELLI (ergothérapeute)
RACINES SENSORI-MOTRICES DE LA DYSPRAXIE
Marseille - 10 Octobre 2007
La dyspraxie est définie par l’UNESCO comme la discordance entre l’acte voulu et l’acte
réalisé. Par un parcours clinique concernant des enfants porteurs de handicap moteur, de suivi
systématique de grands prématurés, nous avons été amenés à rencontrer des enfants présentant
une dyspraxie développementale.
Nous centrerons notre propos sur la dyspraxie visuo-spatiale et sur la recherche des racines
sensori-motrices des troubles.
Le sensori-moteur concerne l’ensemble des interactions matérielles que le bébé entretient
avec son milieu. Elles se réalisent dans la période de développement qui va de la naissance
jusqu’à 18-24 mois. Durant cette période se construisent des coordinations qui, si elles se
passent bien permettent un développement psycho-moteur qui est une merveille d’ajustements.
Notre approche se base sur les concepts du Pr Bullinger *.
Le développement de l’enfant est une construction : le bébé a trois espaces distincts qu’il doit
unifier pour construire son espace de préhension. Cela se réalise par des passages actifs d’une
position asymétrique droite à asymétrique gauche. La construction de l’espace de préhension
est nécessaire pour construire la latéralité et pour développer des praxies qui peuvent se définir
comme des « combinaisons organisées de mouvements en fonction d’un but avec une
programmation globale du geste dans ses aspects temporels et spatiaux. Cela implique des
capacités de mémoire et d’attention ». Michèle Mazeaux.
La trace, effet spatial du geste ne se définit plus que par la géométrie alors que l’espace du
geste qui a laissé cette trace se définit en termes de vitesse, de force, de temporalité.
Normalement pour les praxies oculaires et manuelles, ces coordinations se mettent en place
avant 9 mois.
Rechercher les racines sensori-motrices des troubles consiste à interroger l’espace du geste et
les coordinations sous jacentes et ne pas se s’interroger seulement sur leur effet spatial.
En clinique, nous rechercherons les troubles de coordination :
• de l’espace oral,
• de la vision (oculo-motricité et coordination focal-périphérie),
• au niveau manuel.
La dyspraxie visuo-spatiale, association de troubles du regard entraînant des difficultés
d’élaboration de l’espace et des troubles praxiques constructifs est présenté comme modèle.
Le non croisement de la médiane corporelle y est très fréquent.
Sont opposés les caractéristiques des systèmes visuels périphérique et focal.
Ce bilan sencori-moteur débouche sur des pistes thérapeutiques mais a des limites :
• parfois l’enfant a toutes ses bases et le bilan renvoie à des prises en charge neuropsychologiques
qui ne concernent que les traces,
• comment, lorsqu’on rencontre des lacunes dans ces racines si profondes, proposer des
activités non « humiliantes » ?
* André Bullinger : Le développement sensori-moteur de l’enfant et ses avatars. Un parcours de recherches.
Edition Erés. La vie de l’enfant.
Au niveau thérapeutique, ma triple expérience clinique m’amène à proposer des mesures
préventives telles que le couchage des bébés en cocon, et l’interdiction du « youpala ».
Au niveau curatif, le traitement sera adapté, ajusté en fonction de chaque enfant. Dyspraxiques
mais tous différents.
La dyspraxie est un TAC, trouble d’acquisition des coordinations. Cela va obliger chaque
thérapeute à s’ouvrir, à replacer la partie qui le concerne pour la remettre au service de tout le
corps. Il faudra faire attention aux points d’appui posturaux…
L’exposé se termine par des paroles de dyspraxique qui nous font entrer dans leur monde. Les
enfants les plus sévèrement atteints étant « aveugles à l’espace ». Leur vécu est toujours
douloureux et nommer le trouble, comprendre l’enfant va lui permettre de développer ses
compétences et de ne pas se laisser engloutir pas un sentiment d’échec qui envahira tout.
Docteur Chantal FERAUD-SERRES
Centre médical « Les cyprès »
25, Traverse de la Dominique
13011 MARSEILLE
Tél : 04 91 89 48 38
Déficits d’attention avec ou sans impulsivité et/ou hyperactivité.
Syndromes dysexécutifs.
Référence : Michèle MAZEAU - Neuropsychologie et troubles des apprentissages - MASSON, 2005.
Les fonctions exécutives concernent la capacité des sujets à planifier, organiser, débuter, mener à bien,
adapter -si besoin- puis terminer une action, une tâche… vaste programme !!
Ces fonctions sont d’autant plus nécessaires et utiles que la tâche est nouvelle, non routinière.
On ne peut aborder la question des fonctions exécutives sans réfléchir à la notion d’ "attention".
"Faire attention", "se concentrer" sont des préalables indispensables à cette mise en route contrôlée des
individus.
L’attention doit se comprendre comme une fonction essentielle pour repérer, appréhender, analyser,
comprendre, réagir de façon adaptée à une sollicitation de l’environnement ou venant de l’individu mais
surtout comme le pouvoir de se soustraire aux stimuli de l’environnement NON PERTINENTS qui
viendrait modifier, gêner, empêcher l’exécution de la tâche projetée.
Lorsque l’on conduit une automobile, on réalise toute une série de tâches sans y penser, mais on est capable de
focaliser son attention sur un élément jugé potentiellement dangereux ou bien, instantanément, ne plus écouter la
radio ou cesser de téléphoner si on traverse un village étroit, avec des travaux en cours…
L’enfant présentant des difficultés neuropsychologiques de type dysexécutif n’a pas la possibilité de gérer
efficacement, automatiquement et sans effort, les stimuli de l’environnement.
Il peut être interpellé, parasité, par tous les stimuli : défaut de filtre, le plus fréquent.
Ou bien être indifférent, intéressé par aucun stimulus : excès de filtre.
1. Attention - Fonctions exécutives
Les fonctions attentionnelle et exécutives sont des fonctions cérébrales dites de "haut niveau" qui infiltrent
et commandent toutes les fonctions cognitives permettant l’accès à la connaissance, aux apprentissages.
Sans attention pas d’apprentissage.
Les liens entre attention et mémoire sont directs.
L’attention :
- Est intimement liée à l’état du sujet (fatigue, maladie, humeur) ainsi qu’à sa motivation.
- Les déficits attentionnels sont très fréquents et rarement considérés comme le résultat d’un
dysfonctionnement cérébral de nature neurologique.
L’attention consiste :
- à focaliser l’esprit sur une tâche, une consigne, une image, un texte, un énoncé…
- à sélectionner les stimuli pertinents pour cela et…inhiber les autres
- à lutter contre tout les "distracteurs" venant :
- de l’environnement du sujet (téléphone qui sonne, mouche qui vole…)
- du sujet lui-même : distractibilité endogène (association d’idée, diffluence idéique…)
L’attention :
- peut être focalisée sur une tâche et maintenue
- peut être "divisée" pour mener à bien 2 ou plusieurs tâches à la fois
- peut être brève ou maintenue…
- est plus ou moins coûteuse sur le plan cognitif
- la capacité attentionnelle a une limite, variable selon les individus
- peut être "rappelée à l’ordre"
- est très affectée quand la tâche fait intervenir un autre secteur neuropsychologique défaillant : par
exemple en cas de dyspraxie visuospatiale (DVS), l’enfant sollicité visuellement dépense une
énergie attentionnelle précoce, intense et rapidement épuisante.
L’enfant scolarisé victime de déficit attentionnel est en difficulté dans TOUS les secteurs des
apprentissages.
L’enfant présentant une pathologie neuropsychologique responsable de troubles cognitifs dans d’autres
secteurs (DVS) peut PARAÎTRE inattentif, distrait, impulsif quand on sollicite ses fonctions cognitives
altérées et être "étonnamment calme" quand on sollicite les fonctions préservées !
Les difficultés exécutives retentissent :
- sur les possibilités de développer des STRATÉGIES. Le syndrome dysexécutif entraîne un trouble
du contrôle du déroulement des processus mentaux en cours : planification, mise en route,
adaptation éventuelle, arrêt.
- sur les capacités MNÉSIQUES mémoire immédiate, mémoire à court terme, mémoire de travail,
mémoire à long terme.
Dans la vie quotidienne, surtout en cas d’agitation ou d’hyperactivité, la vie de l’enfant (difficile à cadrer,
insupportable, qui se met en danger,…) est difficile : multiples rappels à l’ordre, avertissements,
interdictions, brimades, punitions, maltraitance, dévalorisation, mauvaise estime de soi…
L’enfant est victime de ses symptômes, il est en souf france.
L’expression clinique des déficits exécutifs
- est variable, fluctuante
- nécessite une approche pluridisciplinaire sur une période prolongée ; afin d’établir des
recoupements et de déterminer le degré d’inattention… et le retentissement dans les différents
lieux de vie de enfant dont l’école. Cependant des signes nets lors d’une première consultation
voir de l’interrogatoire des proches (familles, enseignants, auxiliaire de vie scolaire …) doit
orienter les bilans dans cette direction.
Ces signes sont :
o Incapacité à écouter une consigne jusqu’au bout
o Parasitage par n’importe quel distracteur
o Diffluence verbale, idéique
o Persévérations de tout ordre (raisonnement, geste, verbales…)
o Difficulté à changer de tâche, à s’adapter à une tâche nouvelle
o Gesticulation, tripotage, besoin irrépressible de bouger, se lever, parler…
o Impulsivité : réponse AVANT la fin de la consigne, réponse de type « n’importe quoi »
avec réponse correcte si l’enfant est recadré sur la consigne.
Tous ces phénomène s’amendent, diminuent, disparaissent si on CANALISE l’attention de l’enfant, ce qui
le SOULAGE.
L’enfant inattentif est VICTIME de ses troubles qu’il subit sans pouvoir les contrôler : il a besoin
d’aide et d’étayage constants d'où l'importance de la mise à disposition d’un AUXILIAIRE DE VIE
SCOLAIRE
Le retentissement scolaire en cas de méconnaissance du trouble amène à une dégradation
progressive des apprentissages.
2. Propositions d’aides
L’enfant victime de son trouble doit être aidé :
1. Explicitation du trouble : à l’enfant, à ses parents, aux enseignants…
2. Action sur l’environnement : faciliter l’inhibition des stimuli non pertinents.
3. Adaptations rééducatives et pédagogiques
4. Prise en charge psychothérapique et /ou médicamenteuse….
1. EXPLICITER
- C’est dédouaner l’enfant et son entourage de toute responsabilité sans culpabiliser
personne.
- Ce n’est pas forcément médicaliser ou ne rien faire !
- Cela explique la nécessité :
– d’un cadre
– de repères stables
– de conditions favorisantes…
2. Le CADRE, les AIDES
- Séances et prises en charge ritualisées
- Dans une pièce dépouillée, au calme, sans être dérangé = supprimer TOUS les
distracteurs : pas de posters aux murs, peu de matériel sur la table (juste ce qu’il faut),
enfant placé loin de la fenêtre ou de la porte d’entrée,…
- Séances courtes en fonction des possibilités initiales, puis des progrès de l’enfant
- Matériel simple concret pour faciliter l’attention dirigée de l’enfant
- Inhiber l’impulsivité si elle existe :
– débuter la tâche après la lecture de la consigne
– écrire "quand je te donne le crayon", le reposer après chaque séquence…
– laisser les mains sur la table
– au départ, on peut aider l’enfant par un maintien contenant.
- Arrêter les persévérations de façon ferme mais bienveillante : cela est apprécié par
l’enfant. Pour cela utiliser un "code" bien repéré par l’enfant (geste, parole, regard…).
Par la suite l'enfant va réagir positivement dès l’injonction de l’adulte.
- Donner des consignes simples. Éviter les doubles consignes et les tâches complexes, avec
programmation ou succession de tâches, ainsi que les réponses en choix multiples.
- Donner des indices lors du rappel pour initier les réponses, les restitutions…
- Décomposer systématiquement en étapes et expliciter la trame logique ou
raisonnementale.
- Si besoin donner quelques repères : couleurs, surlignages…
Par exemple, noter les étapes, les stratégies sur un tableau, un graphique… avec des
couleurs, des repères… mais ces aides ne doivent ni surcharger, ni devenir des
distracteurs.
- Réaliser avec l’enfant des aides mémoire simplifiés. S’aider des catégorisations, des
classements, des suites logiques…
- Soutenir les tâches verbales par du matériel visuel simple et dépouillé.
Élargir progressivement ces propositions, introduire progressivement :
- les doubles consignes
- des petits choix
- les petits groupes de travail
- suppression du matériel facilitateur lors des tâches verbales
- introduire les tâches de classements, sériations, tableaux à double entrée
- débuter les tâches en alternance.
Et toujours :
- Valoriser les réussites liées aux aides.
- Noter explicitement les progrès (cahier de liaison).
- Laisser l’enfant se "défouler" ailleurs qu’en classe, mais il existe aussi des contraintes de
"règles de vie" !
- Valider que ces aides sont efficaces et s'assurer qu'elles seront appliquées par l'enseignant
dans la classe supérieure.
CONCLUSION :
Il n’existe pas de rééducation de l’attention mais il existe des moyens
- pour inhiber les distracteurs, la diffluence, les persévérations, l’impulsivité…
- pour favoriser la « canalisation » de l’attention.
Cette prise en charge est gratifiante avec des progrès lents mais sensibles si tout le monde s’y
met !
N.B : En cas de trouble neuropsychologique associé, la prise en charge du déficit attentionnel est
une priorité, sinon les rééducations des autres "dys" sont alors sans effet.
N.B : Un certain nombre d’enfants ont des difficultés exécutives d’un autre ordre. Il ne s’agit
plus d’un défaut de filtre des stimulations de l’environnement mais d’un EXCÈS de filtre
responsable :
- d’un apragmatisme
- d’une akinésie
- d’une apathie
- d’un manque d’intérêt apparent et d’initiative (dans tous les domaines)
- d’une réduction +++ de toutes les productions :
- langagières
- gestuelles...
Pour ces enfants là, il faut trouver et s’appuyer sur ce qui les intéresse, les motive, leur permet
de se « mettre en route ».
R. Cheminal, B.Echenne, Service de neuropédiatrie, CHU de Montpellier
1- Définition :
Les troubles spécifiques du langage sont définis comme une perturbation durable et significative de la structuration
du langage parlé, chez un enfant normalement intelligent, qui entend bien, qui a envie de communiquer, qui n'a pas d'autre pathologie neurologique gênant la communication orale.
Il s'agit de troubles qui interfèrent avec les capacités de communication de l'enfant et avec ses possibilités d'apprentissage dans une civilisation de tradition orale dès l'école maternelle. Par
la suite, l'enfant va être en difficulté dans l'apprentissage du langage écrit, donc dans sa scolarité et dans sa vie sociale.
Ces pathologies doivent être connues et reconnues des enseignants et ce d'autant plus qu'elles sont par définition, durables : les implications pédagogiques seront donc constantes et les
adaptations nécessaires tout au long de la scolarité de l'enfant.
2- Démarche diagnostique :
Devant un enfant qui ne parle pas, qui parle mal, qui paraît ne pas comprendre quand on s'adresse à lui, la démarche
du clinicien se fera en plusieurs étapes :
La première étape permet d'affirmer le décalage dans les acquisitions langagières par rapport aux normes établies pour l'âge de l'enfant.
La deuxième étape consiste à éliminer un certain nombre de pathologies qui empêchent la structuration du langage par l'enfant avant d'affirmer qu'il existe un trouble spécifique du langage. La
construction du langage par l'enfant est une construction active : l'enfant entend, analyse et fabrique son propre langage ; il a besoin d'entendre, d'écouter, de pouvoir déduire, d'avoir envie
de communiquer. Pour affirmer un trouble spécifique, il faudra donc :
- éliminer une surdité
- éliminer un trouble envahissant du développement
- éliminer une déficience mentale
Dans un troisième temps, il faudra typer le trouble spécifique : " retard " ou " dysphasie " ? Même si la terminologie américaine actuelle regroupe dans le cadre des SLI, " specific language
impairment " ces 2 notions, pour nous elles méritent en pratique d'être séparées en raison de la différence dans l'évolution et le pronostic. Quand le diagnostic de dysphasie sera retenu il
faudra en spécifier le type.
Ce n'est qu'au terme de cette démarche rigoureuse que l'on pourra proposer une conduite thérapeutique et une pédagogie adaptée.
2-A : La connaissance parfaite du développement normal du langage et de ses limites permet d'affirmer le décalage
Il existe une grande variabilité dans l'âge de début d'apparition du langage, dans sa rapidité d'enrichissement et dans l'acquisition de sa maîtrise totale. Dans la majorité des cas, il s'agit
d'une variabilité individuelle normale, analogue à celle que l'on rencontre pour toutes les fonctions en développement. Ailleurs toutefois, la situation se situe au-delà du physiologique, et l'on
parle alors de trouble du langage. Même en tenant compte de ces variations individuelles, il est des limites au-delà desquelles on doit considérer la situation comme anormale.
Nous avons ainsi défini de façon arbitraire un certain nombre de paramètres utiles dans la pratique quotidienne et dont l'existence permet de parler de retard dans le développement du
langage.
Ce sont :
- l'absence complète de langage à 18 mois
- l'absence d'association de mots à 24 mois
- l'inintelligibilité de la production langagière au-delà de 24 mois
- l'absence de construction syntaxique au-delà de 36 mois
- la non utilisation du pronom personnel " je " au-delà de 36 mois
Ce sont toujours les troubles expressifs qui attirent l'attention des parents. En fonction de l'âge de l'enfant les problèmes posés seront abordés de manière différente :
Entre 18 mois et 3 ans, il n'existe pas de moyen d'évaluation qui permette de distinguer de manière reproductible des
situations aussi différentes qu'un simple retard de parole ou une dysphasie. Seuls peuvent être éliminés un autisme ou une déficience mentale. Un suivi régulier s'impose sans être inutilement
alarmiste auprès des parents, ni abusivement rassurant.
Entre 3 et 4 ans, la persistance des troubles du langage impose la réalisation d'un certain nombre d'évaluations utilisant des batteries standardisées inutilisables avant 3 ans ; ces batteries
permettent d'approcher le diagnostic sans toutefois pouvoir l'affirmer :
- En faveur du diagnostic de retard de parole et de langage des désordres purement expressifs, ou presque, touchant essentiellement la phonologie toujours dans le sens d'une simplification et des
difficultés de compréhension, quand elles existent, qui touchent plus la compréhension des phrases que des mots isolés.
- En faveur d'une dysphasie : des troubles réceptifs touchant préférentiellement la compréhension des mots isolés et des troubles expressifs caractérisés par des phénomènes de complexification et
des structures syntaxiques aberrantes.
Entre 4 et 8 ans, le caractère anormal du langage parlé devient évident ; plusieurs situations peuvent être isolées :
- absence totale de langage
- inintelligibilité ou déformations plus ou moins marquées des phonèmes avec fluence en général diminuée
- dissociation entre une compréhension décrite comme normale et une expression pauvre, déformée ou déviante
- dissociation entre un vocabulaire correct, parfois riche et un développement syntaxique insuffisant avec une grammaire rudimentaire
- dissociation entre vocabulaire, fluence et pragmatique chez d'autres enfants
- difficulté isolée à retrouver des mots pourtant connus
Au-delà de 8 ans, on est sorti en principe du cadre du retard de langage et on est toujours dans le domaine de la pathologie et donc des dysphasies après avoir éliminées les autres pathologies.
Les troubles du langage peuvent être abordés de manière plus fine sur le plan linguistique.
2-B : Eliminer une autre pathologie permet d'affirmer un trouble spécifique du langage
Devant les signes d'alarme ou d'inquiétude que nous venons de décrire, il nous paraît indispensable d'adopter les mesures suivantes :
- éliminer une surdité par une audiométrie subjective tonale et/ou vocale et éventuellement par l'étude des potentiels évoqués auditifs.
- éliminer une déficience mentale dont le retard de langage est souvent le premier signe. Il faudra donc analyser les potentialités globales de l'enfant par des batteries adaptées à son âge et à
son niveau intellectuel : échelle de Mac Carthy entre 3 et 8 ans, Kauffman ABC à partir de 2 ans, W.P.P.S.I. entre 4 et 6 ans, W.I.S.C-III à partir de 6 ans.
- éliminer un trouble envahissant du développement par l'étude des interactions non verbales et du comportement affectif. C'est théoriquement un diagnostic facile. Mais 40% des enfants qui ont un
trouble spécifique grave du langage peuvent développer des troubles du comportement parfois très précoces, sans qu'il n'y ait jamais cependant de troubles interactifs aussi importants que dans
les syndromes autistiques. Un avis pédopsychiatrique sera sollicité dans ces cas. Dans certains cas difficiles une observation prolongée est cependant indispensable pour trancher.
2-C : De quels moyens disposons-nous pour typer, puis classer le trouble du langage ?
Les étiologies précédentes étant exclues, reste à envisager les troubles de structuration du langage, à départager entre troubles fonctionnels (retard de parole et de langage) et troubles
structurels (dysphasies) puis éventuellement à typer la dysphasie. Il faut donc réaliser une analyse des caractéristiques linguistiques du langage. Les outils d'analyse seront différents en
fonction de l'âge, ils doivent permettre d'apprécier, de la manière la plus fine possible, les différents temps de la chaîne parlée de la perception des sons du langage aux gestes moteurs
nécessaires pour s'exprimer verbalement. Les outils d'analyse utilisés dans le service de neuro-pédiatrie du CHU de Montpellier sont résumés dans le tableau suivant :
|
Praxies bucco-faciales : items tirés de la Batterie d'évaluation psycholinguistique de
Chevrie-Muller Articulation : Batterie de Chevrie-Muller Versant réceptif du langage : Identification des sons non verbaux Analyse des stratégies non verbales d'aide à la compréhension Phonologie : -gnosies auditivo-perceptive (Batteries de Chevrie-Muller, test phonétique de Lafon) -épreuves de dénomination et de répétition de la Batterie de Chevrie-Muller -test d'Ausseterre-Lacert Linguistique : -vocabulaire : test de Légé et Dague, test E.C.O.SS.E, test de Deltour, contres épreuves orales du test de California, EVIP -syntaxe : Batteries de Chevrie-Muller, test E.C.O.SS.E, token test ; évaluation des stratégies de compréhension en situation orale de Khomsy -compréhension d'un récit Versant expressif du langage : Phonologie : épreuve de répétition et de dénomination de Chevrie-Muller Vocabulaire : épreuve de dénomination de Chevrie-Muller, adaptation pour les enfants de l'épreuve de Bachy-Langedock Syntaxe : épreuves de définition de Deltour, test des closures grammaticales de Deltour Tests de fluence verbale Analyse du dialogue en situation libre |
3-Classification des troubles spécifiques du langage :
L'application de la démarche des différentes techniques d'évaluation des compétences verbales et non verbales de l'enfant que nous avons décrites permet d'aboutir à un diagnostic de trouble de structuration du langage dont l'analyse va s'affiner avec le temps.
On peut distinguer :
3-A-Le retard de parole :
C'est une modification de la structure phonétique des mots avec des erreurs dans la combinaison de phonèmes juxtaposés par influence réciproque des différents phonèmes voisins, alors que les
mêmes phonèmes sont correctement prononcés lorsqu'ils sont isolés. Ce sont d'abord la persistance à 3-4 ans, d'un parler " bébé ", ceci sur des mois ou quelques années. C'est plus tard la
non-acquisition de certaines consonnes alors que le langage lui-même (choix et ordre des mots) est normal.
3-B-Le retard de langage :
Schématiquement, 2 éventualités peuvent se rencontrer :
- Chez certains enfants, le décalage est purement chronologique ; les acquisitions se font dans un ordre normal mais, de manière étalée, avec un décalage inhabituel qui peut aller de quelques
mois à une voire deux années.
- Chez d'autres, et le plus souvent, le trouble est à la fois chronologique, qualitatif et quantitatif. On peut observer, outre les éléments témoignant d'un retard de parole des difficultés à
structurer le langage. Les difficultés sont essentiellement expressives : limitation quantitative du stock lexical, difficultés à acquérir de nouveaux mots, syntaxe approximative, simplifiée,
non-utilisation de certains temps, confusions touchant certains mots de liaison ; lorsque la compréhension est touchée les difficultés portent sur la compréhension des phrases plus que sur celle
des mots isolés.
3-C-Les dysphasies :
Le diagnostic entre retard sévère prolongé et dysphasie n'est pas toujours facile :
En faveur d'une dysphasie :
- Les troubles de la compréhension d'autant plus qu'ils touchent la compréhension des mots isolés ;
- Des éléments de déviance touchent tous les domaines de l'expression, même si il n'existe pas de marqueur linguistique spécifique : hypospontanéité verbale, erreurs de phonologie allant dans le
sens d'une complexification avec des erreurs non-reproductibles, troubles de l'évocation lexicale, dyssyntaxie ou agrammatisme, manque d'informativité du discours.
En faveur d'un retard de langage :
- La prédominance des troubles expressifs avec un parler d'enfant plus jeune : phonologie simplifiée, erreurs reproductibles, syntaxe en style télégraphique ;
- La compréhension est en rapport avec le niveau intellectuel non verbal.
Le diagnostic de dysphasie étant posé : comment classer les dysphasies ?
La classification de référence est celle d'Isabelle Rapin et Doris Allen qui s'appuie sur le schéma classique des voies du langage réception, analyse, programmation, expression et permet de
distinguer des dysphasies réceptives (agnosies verbales, autres dysphasies réceptives ou mixtes) des dysphasies expressives. Il existe par ailleurs des formes inclassables et des cas
particuliers. Il nous paraît important d'insister sur le fait que les dysphasies sont des pathologies durables qui accompagnent l'enfant tout au long de la vie et dont l'expression va évoluer en
fonction du potentiel propre de chaque enfant et de la prise en charge proposée : tel enfant qui présentait à 8 ans une dysphasie phonologicosyntaxique, présentera à 11 ans une dysphasie
anomique.
3-C-a : les dysphasies réceptives ou mixtes :
Tout trouble réceptif entraînera une difficulté expressive, d'où la notion de dysphasie réceptive ou mixte. On peut distinguer :
a- L'agnosie verbale ou auditivoverbale :
Elle se définit par l'incapacité à reconnaître les sons du langage malgré une audition normale. Cette incompétence peut concerner à la fois les sons verbaux et non verbaux, ou se limiter aux sons
verbaux.
Cliniquement ces enfants se comportent comme des enfants sourds. L'audiométrie subjective peut donner l'impression d'une surdité, d'où le risque considérable d'erreurs de diagnostique, et, au
moindre doute la nécessité de réaliser des potentiels évoqués auditifs.
La production orale de ces enfants est absente ou très réduite. La mise en place précoce de stratégies de compensation est la règle : mimiques, onomatopées, gestes sont surtout utilisés dans les
échanges avec l'entourage. Chez certains, vont apparaître très vite des attitudes de repli et d'évitement : ce sont ces formes là qui posent un problème de diagnostic différentiel avec un
syndrome autistique ou un autre trouble psychiatrique. Les difficultés à communiquer et les troubles de compréhension vont générer très vite des troubles du comportement soit de type agressif,
soit de type anxieux, avec toutes les erreurs d'orientation et de prise en charge qui peuvent en découler.
b-Les dysphasies phonologicosyntaxiques :
Ce sont les plus fréquentes des dysphasies. Le trouble expressif paraît souvent prédominant, car spectaculaire, il limite les possibilités d'expression et de communication. Dans l'ensemble le
langage de ces enfants est très pauvre, avec un vocabulaire restreint et de nombreuses confusions de phonèmes. Les erreurs se situent essentiellement au niveau phonologique et syntaxique :
l'enfant est en général dysfluent, avec un stock verbal pauvre, avec une non utilisation des mots de fonction, des articles, des prépositions. L'agrammatisme est net. Il existe souvent un manque
du mot, compensé par des paraphasies sémantiques, phonémiques, des périphrases mal syntaxées et plus ou moins informatives. Le trouble réceptif, même s'il n'est pas au premier plan, est constant,
parfois proche de l'agnosie verbale, parfois plus limité à un domaine plus particulier du langage : mots isolés, substantifs, adjectifs, mots de liaisons, voire notion spécifique temporelles ou
spatiales.
c-Autres formes réceptives non classables :
Nous avons rencontré un certain nombre d'enfants qui avaient un trouble sélectif de la compréhension du vocabulaire et des structures syntaxiques, sans troubles gnosique : lorsque ces enfants ont
une excellente mémoire verbale, leur niveau expressif paraît supérieur à leur niveau réceptif. Ils utilisent des phrases entières qu'ils ont mémorisées comme des mots même s'ils n'arrivent pas à
les analyser correctement. A la différence des précédents leur langage reste informatif. Les difficultés expressives apparaissent en situation contrainte plus qu'en langage spontané.
3-C-b :Les dysphasies à prédominance expressive
a- La dysphasie lexico-sémantique
Elle est caractérisée par une difficulté élective à trouver ses mots et en apparence paraît expressive. En fait il existe toujours associé un trouble de la compréhension du langage oral ou écrit.
Le langage spontané est souvent correct mais ces enfants ont souvent des difficultés à dénommer, à élaborer un récit sur demande, à commenter un récit ou des images, à trouver le mot adéquat ou
la forme verbale adaptée, alors qu'ils n'ont pas de problème en répétition de mots ou de phrases ; Les paraphasies phonétiques et sémantiques sont fréquentes. C'est ainsi que cette forme apparaît
dans la classification d'Isabelle Rapin. On peut, à notre avis la subdiviser en deux catégories en fonction de la sévérité, de l'atteinte réceptive et de l'évolutivité :
- la dysphasie anomique dyssyntaxique, où le manque du mot et les déviances syntaxiques persistent ; la compréhension est rarement normale quand on l'analyse finement.
- la dysphasie anomique normosyntaxique qui se présente chez l'enfant jeune comme la forme précédente, puis va évoluer vers une amélioration de la syntaxe et de la phonologie, la compréhension
est normale, le manque du mot est sévère. Chez ces enfants on rencontre une dissociation importante entre le QIP et le QIV qui a pu atteindre 40 points dans certains cas. L'apprentissage du
langage écrit est pour eux très difficile ; la plupart deviendront des dyslexiques.
b- Le syndrome de trouble de la programmation phonologique
La compréhension est normale ou subnormale, les enfants sont fluents mais inintelligibles en raison d'une phonologie totalement déformée ; la syntaxe peut être correcte, mais parfois déformée.
Ces enfants sont capables de répéter des phonèmes mais pas de les programmer. Selon l'âge et les perturbations linguistiques mises en évidence, on peut distinguer :
-les troubles de programmation phonologique ;
-les troubles de programmation phonologique et syntaxique ;
-les troubles de programmation complexe, dans lesquels, si le trouble de programmation est évident, on met également en évidence un trouble réceptif. Dans ces cas-là on est proche des dysphasies
phonologicosyntaxiques.
3-C-c-Les dysphasies sémanticopragmatiques :
Cliniquement elles se présentent comme un trouble prédominant sur le versant sémantique de l'expression verbale. le contenu du langage est peu informatif, souvent inadéquat, alors que la fluence
est normale voire très riche ; la mémoire auditive est excellente. Ces enfants perçoivent correctement les sons du langage, les mots, qu'ils peuvent répéter ; ils sont incapables d'en comprendre
la signification. L'accès aux raisonnements complexes et aux productions complexes est impossible. Une écholalie très marquée caractérise le comportement verbal de ces enfants qui paraissent
parler plus pour maintenir un contact que pour transmettre une information. C'est une variété exceptionnelle de dysphasie qui peut poser un problème de diagnostic avec un syndrome
d'Asperger.
3-D-Les frontières des dysphasies : apraxies et dyspraxies :
Les difficultés langagières qui se situent au niveau de la programmation du geste moteur sont pour nous au-delà de l'organisation du langage comme le sont les dysarthries : ces enfants ont des
productions qui restent très pauvres, réduites à quelques mots-phrases déformés (apraxies verbales) ou parfois à des expressions rudimentaires, mais avec une fluence très faible, un stock lexical
actif très pauvre (dyspraxie verbale).
4 - Intérêt des classifications : du bilan à la prise en charge :
Il est probable que l'on pourra mettre en évidence un jour le caractère artificiel de cette classification. On
considérera alors qu'il existe un continuum entre des troubles réceptifs gnosiques mineurs, présents dans certains retards de langage qui évoluent vers une normalisation de surface du langage
parlé, mais des troubles du langage écrit et les troubles de programmation phonétique de certains phonèmes en fait mal intégrés par la boucle articulatoire.
C'est cependant la manière dont se présentent ces enfants en clinique et la connaissance de l'évolution en fonction de la forme qui permet de choisir un programme adapté de rééducation et de
pédagogie.
Il paraît important de rappeler que les dysphasies sont des troubles durables et qu'il faut privilégier la qualité de l'informativité du langage et la richesse de l'information apportée à
l'enfant sur la qualité de la forme dans la mesure où le langage garde sa fonction de communication et d'échange.
Nous ne donnerons que des grands principes.
A-Prises en charge thérapeutiques et rééducations :
- La réalisation d'un bilan détaillé et des moyens de compensation mis en place par l'enfant permet de connaître les poins forts sur lesquels s'appuyer, les éléments à contourner, les compétences
à renforcer.
- Il n'existe pas une technique adaptée à l'ensemble des enfants dysphasiques : on choisira donc parmi les différentes méthodes existantes.
- De manière systématique les moyens non verbaux de communication seront proposés : gestes du français signé, pictogrammes, langage écrit, utilisation de l'ordinateur.
-Un programme adapté sera proposé en fonction de ces différents éléments.
B-Adaptations pédagogiques :
Elles seront proposées en fonction du bilan cognitif, de l'âge de l'enfant et de son niveau scolaire :
- Intégration individuelle avec contrat et soutien par des rééducateurs libéraux ou par un SESSAD adapté.
- Intégration en classe spécialisée voire en établissement spécialisé.
- Ultérieurement prise en compte du handicap pour les examens.
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